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Table ronde à Vertus sur l’oenotourisme

Lors de sa dernière Rencontre Adhérents, AS Entreprises a organisé une après-midi d’échanges autour du thème de l’oenotourisme. Quelle est la réalité chiffrée du phénomène et quelles sont les stratégies payantes ?

De gauche à droite : Adrien Milard (Groupe FDSEA 51), animateur, Sylvain Dufermon 
(FDSEA Conseil), Philippe Harant (ADT) et Margot Laurent, viticultrice.

Lorsque l’on parle de 10 millions de visiteurs depuis 2016 qui ont exploré le territoire national, soit +33 % de croissance depuis 2009, c’est évidemment mettre le doigt sur un facteur de dynamisme économique majeur. En parallèle, lorsque l’on note la diminution des ventes des bouteilles de champagne en France, on se doute que l’oenotourisme doit pouvoir faire partie des actions à engager pour ramener les chiffres à la hausse.

Car la Champagne est aussi l’une des régions oenotouristiques les plus appréciées des visiteurs français et étrangers (elle représente 17,2 % des visites). Et avec un panier moyen d’achat de champagne de 250 E, un cumul de dépenses tout au long du séjour évalué à 1256 euros, un chiffre d’affaires par an de 5,2 Mds d’euros, on ne peut plus dire que les visites soient anecdotiques… Dès lors, comment faire pour attirer plus de visiteurs qui soient autant de fidèles ou de nouveaux consommateurs de bulles ?

S’adapter et attirer les familles

Philippe Harant, directeur de l’Agence de développement touristique de la Marne à Châlons, invité à enrichir le débat, est bien placé pour parler de l’action de son établissement : "nous sommes là pour contribuer à développer les actions touristiques, renforcer les offres et les échanges entre les partenaires publics et privés afin de promouvoir le territoire champenois et en faire découvrir toutes les richesses.

Nous cherchons à créer les rencontres pour que de nouvelles offres voient le jour. En matière d’oenotourisme, nous avons tout l’univers de la vigne et du vin à faire découvrir, et cela peut revêtir des formes très variées, que ce soit les visites des caves et des vignobles ou bien l’organisation d’événements divers comme des fêtes ou des visites de musées".

Quel profil possèdent les visiteurs ?

"Nous avons de plus en plus de visiteurs étrangers. Nous retrouvons en tête de nos fréquentations, les visiteurs britanniques, suivis des visiteurs belges, puis allemands, néerlandais, américains et scandinaves. Toute une diversité de clientèle qui vient essentiellement en couple ou entre amis. Mais nous avons encore des lacunes pour accueillir l’ensemble des familles et proposer des activités adaptées aux enfants.

Les séjours des visiteurs sont aussi assez courts, de l’ordre de 1 jour et demi. En tout cas, la majorité des touristes sont de vrais épicuriens qui cherchent à faire l’expérience de l’art de vivre à la française. Mais ils sont parfois rebutés par le coût du champagne et peut-être par l’image d’un produit qu’ils ressentent comme élitiste. Nous avons un vrai travail de pédagogie à produire pour expliquer le coût de notre production. Certains visiteurs regrettent aussi parfois notre manque de souplesse en matière d’horaires des centres d’accueil et d’approximation sur la signalétique"

Jouer la carte des expériences inédites

Sur le sujet de l’attractivité touristique, les stratégies payantes sont celles qui vont transporter les touristes vers des expériences originales voire inédites. Comme le souligne Sylvain Dufermon, conseiller en développement commercial viticole à FDSEA Conseil, d’autres vignobles français se sont engagés dans ces démarches de tourisme attractif. Comme l’Alsace ou encore l’Ardèche, qui ont su jouer la carte de la complémentarité des activités, pour attirer petits et grands.

"L’Alsace propose à ses visiteurs de devenir vigneron d’un jour en participant au travail des vignes pendant quelques heures et d’obtenir un diplôme à l’issue de la journée ! Dans les pays de Loire, c’est "Vins, vignes et randos" au programme avec des marches à pied pour découvrir le territoire, agrémentées d’ateliers ludiques pour les adultes comme pour les enfants. Les dégustations proposent alors vins et jus de raisin pour contenter tout le monde. A Saint-Marcel en Ardèche, on expérimente la spéléooenologie avec le vieillissement des vins dans des grottes à 80 mètres sous terre et des dégustations, à la fois lumière éteinte et lumière allumée pour faire l’expérience de découvertes aromatiques inédites…".


Les conseils pour se lancer

Pour se lancer dans l’oenotourisme, l’essentiel est avant tout de proposer un itinéraire de découverte de la vigne et du vin innovant, capable de capter l’attention et l’intérêt de tous les membres de la famille. Mais lorsque l’idée est là, suffit-elle à créer les éléments de réussite ? "Il faut avant toute chose être clair sur son projet et sur ses impacts", explique Philippe Harant.

"Se lancer dans l’oenotourisme est un vrai métier, basé essentiellement sur un investissement en temps, en sourire et en convivialité. Il faut ensuite aller voir les structures qui peuvent vous aider et vous accompagner dans votre projet, comme l’Office de tourisme ou notre Agence. Vous faire connaître auprès des prestataires est primordial, que ce soit les restaurateurs, les autres activités de loisirs, les agences de voyage sélectives ou les agences de tourisme online. Il y a tout un maillage du territoire à faire pour ne pas rester seul à faire évoluer son projet et pour créer des partenariats avec les structures privées. Mais faire partie du label national "Vignobles et découvertes" ou bien du réseau "Jeunes talents du tourisme" peuvent aussi être des opportunités intéressantes".

Témoignage de Margot Laurent

Margot Laurent, cofondatrice des "Sensations vigneronnes" à Épernay immerge ses visiteurs dans le vignoble.

"Nous proposons une immersion
de 3 heures à nos  visiteurs, au 
coeur de notre activité".

"Le domaine de la Poterne à Épernay pour l’accueil de chambres d’hôtes a été créé en 2014 par ma soeur aînée Charlotte. Et nous avons décidé ensemble, en juin 2016, de poursuivre l’expérience oenotouristique avec la création des "Sensations vigneronnes".

Cette initiative consiste à faire visiter nos vignes par nos hôtes, pour une immersion de 3 heures au coeur de notre activité, située à Beaunay. Visite qui se termine ensuite par un pique-nique. Notre objectif est vraiment de faire découvrir l’authenticité de notre terroir à nos visiteurs, qui sont à 65 % anglophones. Nous avons beaucoup de clients scandinaves, australiens, américains et belges.

Notre atout est notre ouverture le dimanche, ce qui fait beaucoup par rapport au nombre d’enseignes fermées ce jour-là. Nous avons tissé un partenariat avec "L’Épicerie gourmande" d’Épernay qui assure la prestation du déjeuner.

Nous communiquons beaucoup sur le web, notamment sur Instagram, à la fois sur nos opérations et pour rester en contact avec les clients. Je discute d’ailleurs régulièrement avec des clients venus il y a trois ans chez nous ! Le duo a obtenu le label Jeunes talents du tourisme 2018 et ses visites comme ses chambres d’hôtes bénéficient de la marque oenotouristique "Champagne refined art de vivre".

Marie Bonnet

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