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Investir dans un robot : bilan et perspectives

Les démonstrations sont de plus en plus nombreuses pour faire découvrir les avancées en matière de robotique, dans le but d’accompagner le viticulteur dans son travail. Les ateliers du conseil organisés par FDSEA Conseil le 23 janvier ont permis de faire le point sur les tests d’aujourd’hui.

 
Éric Garcia, FDSEA Conseil (à gauche) et 
Mathieu Liebart, Comité Champagne (à droite) 
présentent les atouts de la robotique.

Travailler sur des parcelles difficiles, limiter l’exposition des opérateurs et les risques musculo-squelettiques, développer des techniques alternatives… telles sont les problématiques de la robotique actuelle pour répondre aux besoins des viticulteurs.

Ces nouvelles machines autonomes sont capables de prendre le relai sur des actions simples et complexes. Que ce soit le désherbage, la taille, le traitement des vignes, toutes les grandes étapes de travail dans les vignes sont testées sur des robots.

Mathieu Liébart, expert dans le domaine pour le Comité Champagne, a fait le point sur le sujet, lors du Carrefour du Conseil, organisé le 23 janvier au lycée viticole d’Avize. Eric Garcia, conseiller d’entreprises FDSEA Conseil a complété par une approche économique. Investir dans un robot : mythe ou réalité ?

La robotique, une réponse encore partielle aux besoins

Les tests grandeur nature effectués par le Comité Champagne sur les machines robotisées ont lieu sur le domaine expérimental de PlumeCoq. C’est là que les équipes techniques vont jouer de la manette, de type Playstation, pour commander ces nouvelles machines intelligentes. Programmés pour se reconnaître et agir sur leur environnement, les robots se distinguent des cobots (assistants robotisés passifs) en étant capables d’exécuter tout seuls une tâche, de manière répétitive.

Guidés par GPS/RTK (Real Time Kinematic) pour une précision à 2 cm ou lidar ou caméra 3D, les robots s’attaquent au désherbage du sol en évoluant dans les rangs, sans dégâts sur les pieds de vignes. Leur programmation induit évidemment la détection de toute présence humaine et animale qui leur permet de s’arrêter immédiatement en cas d’obstacles. On leur demande ainsi de capter l’herbe, de prendre en compte le dévers, de gérer les pentes…

"Même si la technologie évolue très rapidement, les robots ne pourront pourtant pas s’adapter à toutes les situations", prévient Mathieu Liébart. Gestion des terrains humides, obstacles non reconnus, demi-tour sur terrain difficile (type pente avec fourrière), restent encore des points bloquants pour l’industrie robotique. D’autant plus que la réglementation s’ajoute aux difficultés techniques pour des raisons légitimes de sécurité et de responsabilité.

Le robot Effibot, de conception française, suit son utilisateur à la trace,
et peut tracter des charges jusqu’à 300 kg.

Ainsi elle interdit au robot de passer seul d’une parcelle à l’autre et oblige l’opérateur à être présent tout au long du travail de traitement dans les vignes, commande de sécurité à la main. En matière de pulvérisation d’ailleurs, le Comité va tester, en 2019 ou 2020, trois technologies, dont deux chenillards, avec jets portés ou projetés (turbines NIKO) pour le traitement de deux rangs maximum.

Les projets constituent une priorité dans la recherche, afin de limiter l’exposition des opérateurs aux produits de traitement. Mais les contraintes liées aux pentes difficiles freinent encore les développements. En matière de taille, là encore, les progrès avancent, en proposant des machines équipées de bras articulés comme "Wall-Ye", d’une société suisse, capable d’effectuer des tailles courtes.

En revanche, sur des cépages plus complexes comme le Chablis, le robot s’arrête. Tout comme sur sol trop humide ou poussiéreux. "Il va se passer un peu de temps pour trouver un robot vraiment efficace dans le domaine", confirme Mathieu Liébart.

Une aide efficace pour le chargement et le transport

En revanche, s’il y a une activité qui a trouvé un développement au point à l’heure actuelle, c’est l’aide au chargement et au transport de matériel, avec le robot français Effibot. Ressemblant à s’y méprendre à une brouette, la machine est capable de tracter jusqu’à 300 kg de charge en suivant son donneur d’ordre à la trace. Équipé d’un capteur qui suit le repère de la jambe de l’opérateur, Effibot accompagne les actions multiples dans les vignes : récolte des greffons, réparation de piquets, ramassage des charpentes, assistance des débardeurs pendant les vendanges…

Un concours pour doper l’innovation

Conscient que ces technologies offrent d’énormes possibilités d’avenir, le Comité Champagne est devenu membre fondateur de l’association "RobAgri", qui rassemble aujourd’hui 70 adhérents et qui oeuvre pour le développement de la robotique en agriculture et viticulture.

Depuis un an, un concours lui est même associé, qui permet de confronter des lauréats présentant des technologies adaptées. Ce "Concours Robotique" a pour objectif de disposer d’ici trois ans d’engins autonomes performants pour l’entretien des sols et la protection du vignoble, en prenant en compte les caractéristiques du vignoble champenois.

Sont pris en compte dans la sélection des candidats les critères liés à l’amélioration et à la sécurisation des opérations de protection phytosanitaire du vignoble et à la mise en place d’alternatives au désherbage chimique des sols. Le concours 2018 a été finalisé en novembre et les lauréats choisis, parmi lesquels : le consortium Pellenc-Agreen- Culture, avec le projet Ebot et Vitibot avec son Bakus. 

Combien ça coûte ?

Un robot coûte entre 12 000 (Effibot) et 150 000 euros (Bakus). Eric Garcia et Mathieu Liébart ont chiffré à titre d’exem-ple le coût d’un robot de travail du sol de type chenillard. L’investissement s’élève à 70 000 €. Les coûts fixes ont été calculés à hauteur de 9300 euros environ par an, avec 7 ans d’amortissement, 7 passages par an pour 180 heures d’utilisation et 2 demi-routes travaillées par passage.

Avec un coût d’énergie faible (0,80 euro/ heure), un entretien modéré, le coût de revient du travail du sol est estimé à 225 euros, hors main-d’oeuvre. Avec un équipement classique (tracteur), le coût de revient du travail du sol, hors main-d’oeuvre, est estimé entre 120 et 200 euros par hectare.

Si l’équipement dans un robot reste cher, il peut aussi être l’objet d’un achat mutualisé, d’autant qu’en deça d’une exploitation de 6 hectares, l’achat ne serait pas rentable. "Si l’on considère le nombre d’équipements et de matériels en Champagne sous-employés voire inexploités, ce type d’option devrait être plus largement privilégié par la profession", renchérit Mathieu Liébart.

Marie Bonnet

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