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Domaine de Plumecoq : expérimenter aujourd’hui la Champagne de demain

Le domaine expérimental de Plumecoq permet aux équipes du Comité Champagne de faire l’expérience, dans le cadre du référentiel Viticulture Durable, des pistes envisagées pour réduire les intrants, développer la biodiversité et embellir le paysage champenois.


Les équipes de Plumecoq testent les gênes de cépages américains résistants contre des maladies comme le mildiou ou l’oïdium.

La journée du Club Viti Business organisée le 11 juillet par FDSEA Conseil avait pour but de montrer aux vignerons les démarches engagées par le Comité Champagne en matière d’actions terrain pour la Viticulture durable, au sein du domaine de Plumecoq. Ce lieu permet d'expérimenter des solutions pour atteindre les objectifs collectifs de demain.

100 % de viticulture durable en 2030

Maxime André, responsable des dossiers Viticulture durable et produits de bio-contrôle au Comité Champagne s’est chargé en préambule de redonner le contexte du référentiel. « Le référentiel d’une viticulture raisonnée a été lancé en 2001. Il a eu pour but d’évaluer l’impact de la filière sur l’environnement et a défini, suite à des diagnostics réalisés entre 2001 et 2003, plusieurs plans d’actions, principalement sur trois grands thèmes : la gestion de l’eau, le développement de la biodiversité et la diminution de l’empreinte carbone.

L’objectif étant d’entraîner un maximum de personnes dans la pratique de méthodes vertueuses pour répondre à ces enjeux environnementaux. Grâce aux démarches engagées depuis 2003, nous avons déjà pu constater une diminution de l’empreinte carbone de 20 % sur chaque bouteille de champagne avec un objectif global pour la Champagne d’une réduction de 25 % d’ici 2025. Le niveau d’enherbement du vignoble progresse continuellement et nous réduisons de plus en plus l’emploi des fertilisants et des produits phytosanitaires.

Avec la création en 2014 des certifications Viticulture durable, ce sont tous les efforts engagés par la profession que l’on a souhaité valoriser au travers de trois labels principaux : le label HVE pour Haute Valeur Environnementale, le label VDC Pour Viticulture Durable en Champagne et le label Bio. Fin 2018, un cran supplémentaire a été validé avec un objectif d’ici 2030 de 100 % d’exploitations certifiées viticulture durable ».

Les étapes vers la certification

« L’exploitation doit, dans un premier temps, faire son autodiagnostic pour établir ensuite son plan de progrès », précise Maxime André. « Après avoir mis en oeuvre celui-ci, elle sera auditée pour obtenir le label de certification. Faire partie d’une démarche collective peut aussi être un bon moyen pour avancer. Ce peut être pour le vigneron le fait de profiter de la démarche de sa coopérative ou des actions engagées en la matière par la Chambre d’agriculture… De nombreux organismes proposent un encadrement dans le domaine ».

Les bonnes pratiques à privilégier

Stratégie phytosanitaire et biodiversité sont deux sujets essentiels. Avec ses 10 hectares disponibles, Plumecoq permet de mettre en oeuvre concrètement les solutions envisagées par l’interprofession pour répondre aux enjeux de développement de la biodiversité et d’embellissement du territoire. Environ 2 000 m² de parcelles font l’objet d’un fauchage tardif : « notre objectif est d’intervenir ici le moins possible en fauchant 1 à 2 fois par an uniquement, au printemps et à l’automne », précise Alexandra Bonomelli.

« Nous privilégions un enherbement naturel pour la multiplication des espèces végétales et la colonisation par la faune et la flore. Nous avons planté 600 mètres de haies avec des espèces locales d’arbustes, taillées uniquement du côté des vignes. Nous en planterons 400 mètres supplémentaires à l’automne ».

Côté stratégie phytosanitaire, les équipent testent les produits de biocontrôle, des cépages plus résistants aux maladies, l’emploi de vignes semi-larges ou bien la viticulture de précision.

L'atout des vignes semi-larges

Julie Perry, chef de projet physiologie de la vigne au Comité Champagne a présenté les spécifi cités des vignes semi-larges dont l’écartement se situe entre 1,80 et 2,20 mètres. L’objectif étant à la fois de tester les pratiques, le comportement de la vigne et le ressenti sur la dégustation des vins. Le Comité Champagne teste maintenant depuis 20 ans l’emploi de ces vignes semi-larges sur une 15e de sites du territoire champenois, en comparant les résultats de chaque parcelle à la parcelle d’origine.

Les résultats des expérimentations ?
Un débourrement des vignes plus tardif et une résistance au gel de printemps. En revanche, l’impact sur le rendement n’est pas négligeable, de l’ordre de 15 % puisque l’on compte 50 % de pieds en moins en moyenne. La fertilité des bourgeons est néanmoins accrue et les grappes par brins plus nombreuses et plus grosses. Les bourgeons sur les charpentes sont plus exposés.

Côté suivi de la maturité, les degrés sont à peu près semblables aux parcelles d’origine mais les vins provenant de ces grappes présentent une plus grande acidité. A la dégustation, le ressenti est confi rmé avec un test à l’aveugle proposé aux participants entre un vin provenant de vignes semi-larges et un vin provenant de vignes classiques. Les participants ont été sensibles à l’acidité plus présente dans le vin provenant des vignes semi-larges.

Les atouts des ces installations ?
Pouvoir réduire les coûts d’installation et de production, gérer plus facilement l’enherbement, réduire l’utilisation des intrants, alléger le travail pendant la taille et les vendanges (moins de pieds) et pouvoir y faire passer des engins plus standardisés moins chers et moins dangereux.

Toutes les haies sont intéressantes

Alexandra Bonomelli conseille aux viticulteurs de mettre environ 5 à 6 espèces locales différentes par haie comme l’aubépine, le charme, le saule, le surreau. Et de bien garder les noms latins pour les espèces commandées car il existe toujours des variantes, comme le noisetier ou le bleuet dont on souhaite garder la version « sauvage »...

Les haies pourront être plantées en bout de fourrière ou sur un talus pour éviter l’érosion des sols ou bien aussi entre deux parcelles. Sachant que pour tout projet collectif, le Comité Champagne soutient le programme à hauteur de 40 % des frais engagés. Toutes les haies sont intéressantes, même les plus petites, sur quelques mètres. Cela peut être aussi un arbre isolé ou un bosquet. Un autre projet pour embellir et lisser le paysage champenois consiste à supprimer les tôles. « Sur sept communes, nous en avons compté plusieurs kilomètres ! », précise Alexandra Bonomelli. « On peut y planter à la place deux à trois rangs de vignes ou bien y mettre de gros blocs de pierres, des gabions (blocs de pierre dans cages grillagées), des murs en béton végétalisés ou des pierres meulières maçonnées ».

Stratégie phytosanitaire

« Nous testons les produits de biocontrôle sur des petites parcelles pour voir leur effi cacité sur des maladies comme le mildiou ou le botrytis », explique Maxime André. « Nous sommes en train de tester le phosphite ou phosphonate de potassium. Ces produits de biocontrôle peuvent être utilisés selon différents usages : soit seuls, soit en complément des traitements classiques mais toujours sous conditions spécifi ques ».

Des méthodes plus naturelles que viennent compléter les solutions mécaniques comme l’effeuillage précoce. Les équipes de Plumecoq s’attachent aussi à labelliser certains équipements, en l’occurrence des pulvérisateurs pour en tester l’effi cacité et le degré de précision.

Un « bloc terroir » au sein du domaine permet quant à lui de tester une viticulture de précision avec des sondes dans le sous-sol qui mesurent la quantité d’eau présente ou de faire la plantation de cépages non champenois dont on analyse le comportement face au changement climatique (chenin, sacy, mauzac, roussanne). La plantation de cépages résistants est un autre grand axe de développement qui promet de mettre à disposition de la Champagne en 2028 les premiers plants.

« Nous sommes allés chercher des gênes de vignes américaines, réputés pour être résistants contre des maladies comme le mildiou ou l’oïdium. Nous en tirons des espèces hybrides que l’on rétrocroissons avec nos vignes. Au bout de 5 à 6 manipulations de ce type, nous obtenons des espèces présentant 95 % de gênes champenois et 5 % de vignes américaines », précise Maxime André.

Article écrit par Marie Bonnet


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